Quai des Belges : Filmer à tout prix
Mercredi 9 novembre 2011 sur ARTE Belgique à 22h20
Nouvelle diffusion le 11 novembre sur La Deux à 22h45
En parallèle avec la 14e édition de Filmer à tout prix qui se déroulera à Flagey du 11 au 16 novembre 2011, l’émission mettra en valeur un documentaire de la sélection coproduit par la RTBF, partenaire essentiel de la production indépendante en Communauté française : « Bruxelles-Kigali » de Marie-France Collard. Un film fort sur le procès d’un génocidaire rwandais à la cours d’Assises de Bruxelles en novembre 2009, avec des témoignages de rescapés vivant en Belgique. Hadja Lahbib sera entourée, à la Maison du peuple, de plusieurs invités :
Colette Braeckman, auteur de « Rwanda, histoire d’un génocide » publié aux Editions Fayard (1994). Journaliste au Soir, en charge de l’actualité africaine, elle est également chroniqueuse dans des revues et magazines, dont le Monde diplomatique.
Pauline Kayitare, rescapée tutsie du génocide de 1994. Elle s’est fait passer pour Hutue pour échapper génocidaires. Elle échappera ainsi miraculeusement à la mort dans un pays en proie à la folie. Elle est l’auteur du livre « Dis-leur que tu es hutue ». Pauline avait 13 ans lorsqu’elle a perdu sa mère et ses frères et sœurs, massacrés par des gens qui avaient été des voisins, des proches, des amis.
Marie-France Collard, cinéaste, auteur de théâtre et membre du GROUPOV, un collectif d’artistes. Dans son dernier long métrage documentaire, « Bruxelles-Kigali », elle suit des rescapés ou proches de victimes du génocide des Tutsis de 1994 au Rwanda, dans leur demande de justice.
Le documentaire qui sera au centre de la soirée :
Bruxelles-Kigali de Marie-France Collard (52’)
Produit par Cobra Films et Zeugma Films en coproduction avec le CBA, la RTBF et Images Plus Vosges Télévisions, avec l’aide du GROUPOV et du Centre national de la Cinématographie de la Communauté française de Belgique et des télédistributeurs wallons.
La réalisatrice propose un documentaire d’investigation sur la cohabitation en Belgique, en France et au Rwanda, entre anciens génocidaires et rescapés rwandais. Quels sont les mécanismes et les réseaux qui permettent à certains coupables avérés (une liste a été publiée par Interpol) de vivre chez nous en toute impunité ? Quels sont les parcours de ces rescapés pour obtenir justice et faire aboutir leurs plaintes ?
D’avril à juillet 1994, le génocide des Tutsis et le massacre des opposants hutus a fait entre 800.000 et 1 million de morts. Aujourd’hui, des centaines de personnes suspectées de crime de génocide vivent en liberté dans de nombreux pays. La plupart ne seront sans doute jamais ni arrêtées, ni jugées. En Belgique, la détermination des victimes et de leurs avocats a finalement abouti à la tenue de trois procès. En novembre 2009 s’est ouvert à la cour d’Assises de Bruxelles le procès d’un chef des milices interahamwe, Ephrem Nkezabera. Ce qui représentait pour les victimes et leurs proches la perspective d’une possible reconstruction. L’accusé ne sera pas présent au procès mais avouera ses actes, contestant uniquement le viol des femmes.
Lors du suivi de ce procès, nous entendrons Gilles Vanderbeck, avocat de l’accusé, Michèle Hirsch, avocate des parties civiles, Karin Gérard, présidente de la cour d’Assises, Richard Renaud, ex-enquêteur du TPIR (Tribunal pénal international pour le Rwanda), des témoins, des femmes rescapées. On dresse le portrait du génocidaire, membre du comité de direction d’une grande banque, se transformant en chef autoritaire et en planificateur du génocide. Donnant les ordres de tuer, de massacrer des innocents, à la machette, à la hache, au gourdin... « Toute minorité est faite pour disparaître », disait-il en réunion.
Et puis, on écoute ces femmes rescapées qui ont perdu leurs familles sous leurs yeux, traumatisées à vie, pour qui le fait de témoigner est une manière de faire le deuil de leur vie passée. Certaines ne pardonneront jamais, d’autres considèrent que lorsque le mal est reconnu, le pardon devient possible. Aujourd’hui ces femmes, qui étaient des jeunes filles à l’époque des faits, se sont mariées, ont eu des enfants et veulent aller de l’avant. Il leur reste quelques photos-souvenirs de leurs proches disparus, devant lesquelles elles se recueillent la gorge serrée...
A l’issue du procès, Ephrem Nkezabera écopera de 30 ans de réclusion. Le 1er mars 2010, la cour d’Assises déclare recevable l’opposition d’Ephrem à sa condamnation. Ce qui permet à l’accusé de bénéficier à nouveau de la présomption d’innocence dans l’attente d’un second procès. Le 30 mai 2010, Ephrem décède, judiciairement innocent... En dehors du Rwanda, six pays ont, à ce jour, jugé des personnes impliquées dans le génocide des Tutsis : la Suisse, la Belgique, les Pays-Bas, le Canada, la Finlande et l’Allemagne. Le TPIR clôture ses travaux fin 2014. Un peu plus de 70 affaires y auront été traitées sans aucune réparation pour les victimes.



